• Au pied des grues

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    Récemment, ici et là en France, des pères qui s'estiment privés de leurs droits sont montés sur des grues. La presse, et donc les pouvoirs politiques, s'en sont émus.

     

    Rappel : En 2010, 1 famille sur 5 est dite monoparentale. 9 fois sur 10, c'est une situation consécutive à un divorce ou à une séparation. Dans 85 % des cas, c’est la mère qui a la charge des enfants. 1 sur 3 vit sous le seuil de pauvreté. Le taux de pauvreté des femmes seules a augmenté de 4 points entre 2001 et 2010, passant de 28 à 32 %, quand il n'augmentait que d'1 point pour l'ensemble de la population (7,8 %)... *

     

    Divorce

    Quelques fois il faut partir, car souvent les pères font semblant, parfois ils sont violents ou bien tout à fait irresponsables... il faut partir, l'espoir progressivement éteint, malgré la peur, malgré la souffrance certaine des enfants, il faut fuir l'écrasement, l'impossible édification. Et l'on est depuis longtemps déjà au-delà du raisonnable. C'est un déchirement, un deuil. La plupart du temps, ce sont les femmes qui partent - pourquoi ? Bonne joueuse, la société y voit une conquête, la marque éclatante de leur heureuse émancipation... : c'est un droit, donc un choix, la cause est entendue, cela suffit. Et l'on cache discrètement sous le tapis la démission historique des pères.

     

    Avocat 

    Personne payée de façon exhorbitante pour acheter l'intervention nécessaire d'un tiers, le juge, et pour convertir le ressentiment personnel en une requête jargonnante soit disant au nom de l'intérêt des enfants... (La même loi cependant n'oblige nullement les parents à élever les enfants qu'ils ont engendrés le plus volontairement du monde ; la charge revient à celui, le plus souvent celle, qui veut bien l'assumer, faute de quoi la progéniture est « placée » - les mères, souvent, ont du mal à envisager un tel scénario). Cette confusion d'intérêts et cette guerre en règle sont rarement de nature à apaiser les tensions... mais certains voient quelque avantage à aviver le conflit. Décidément la liberté coûte cher.

     

    Droit de visite

    Lorsque les enfants résident chez l'un des deux parents, le plus souvent la mère, le juge octroie au père la possibilité de voir et d'héberger ses enfants selon ses desiderata appelés "disponibilités", car le père, lui, travaille. C'est un droit intitulé poliment "de visite", de quoi alléger le père blessé de son devoir de prise en charge. D'ailleurs comme pour tout droit, le père peut renoncer à l'exercer, sans préavis. Au regard de ce droit, nul devoir de soutien minimal n'est signifié. Par défaut la charge échoit dans sa totalité à l'autre parent. Il est vrai que le père ainsi « libéré » est cependant « condamné à verser à la mère une part contributive à l'entretien et à l'éducation des enfants ».

     

    Pension alimentaire

    Prévue et fixée par le juge selon les charges qu'a pu produire le père (le plus souvent), la pension alimentaire est donc prononcée à son encontre comme condamnation et doit être versée à la mère. Et ensuite l'on s'étonne, candide, des conflits auxquels elle donne lieu... C'est que le père abandonné y voit rarement autre chose qu'un incompréhensible salaire versé à celle qui est suffisamment payée de sa liberté choisie. La pension alimentaire, ainsi présentée et prononcée, est bien l'aliment du divorce, ce qui en entretient durablement le scandale. Pendant ce temps, les enfants trinquent.

     

    Famille monoparentale 

    Périphrase hypocrite qui feint l'harmonie retrouvée, et masque pudiquement la difficile solitude de la plupart des mères célibataires ; cet étiquetage constitue l'amer salaire du courage, le tribut qu'il faut encore payer pour avoir dérogé au pacte patriarcal. Mais quelle est cette famille, où toutes les charges échoient à l'un quand l'autre a toute liberté de disparaître ? Quelle est cette famille où l'un soigne, soutient, éduque, et l'autre batifole ? Divorce ou pas, quand l'un démissionne, c'est une amputation : les enfants s'en trouvent marqués dans leur chair. Et quand la loi conforte l'irresponsabilité de l'un, mécaniquement, elle écrase l'autre.

     

    Pères juchés sur des grues

    Dans quelques cas, le juge n'accède pas à la requête des très rares pères qui réclament la garde de leurs enfants. Il se peut que les fondements de cette décision soient discutables : simple habitude qui se conforme à des millénaires de distribution familiale. Il se peut, très exceptionnellement, que cette décision soit injuste : si la défaillance maternelle est avérée et/ou la compétence paternelle établie. Il se peut aussi que la décision soit raisonnable mais que le père ne reconnaisse pas ses insuffisances. Les pères plus ou moins lésés se mobilisent, ils montent sur des grues, la presse friande de spectacle forcément s'en émeut, et bientôt la société tout entière s'indigne de cette inégalité patente... Les mères qui se voient acculées à la charge maximale, elles, n'escaladent pas des grues ; elles se terrent, ça fait moins jaser.

    Hélène Genet

     

    * Sources : L'Observatoire des inégalités, 16/10/2012 et Le Parisien, 19/02/2013

     


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