• Au royaume de la diversité, le racisme prospère

     

     

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     "You don't have to live next to me, just give me my equality"

    Nina Simone

     

    Il y a comme ça des mots magiques, sortes de mantras, qu'on peut proférer à tout bout de champ et qui vous garantissent immédiatement la révérence publique. Depuis les campagnes de Benetton, la diversité est à la mode, relayée par la ferveur de quelques politiciens zélés et de nos bienveillants managers, tous blancs comme neige en matière de discrimination. Le mot entre en résonance avec d'autres signifiants connotant le joyeux « vivre ensemble » comme multiculturalisme et métissage (importés des States), mixité et pluralité (produits du terroir).

    Pourtant il n'avait pas spécialement vocation à endormir les foules : originellement, il désignait bien la disjonction, la divergence, la contradiction (de diversus, « en sens contraires ») ; son emploi signalait la tension, voire l'incompatibilité et le conflit, toutes choses aujourd'hui éradiquées de nos sociétés harmonieuses. « Diversité » a donc fini par s'acclimater, par se pacifier, pour désigner une variété factuelle, la disparité, l'hétérogénéité... pourquoi pas ?

    Mais voilà, notre pays a, paraît-il, un « problème » d'immigration (excusez ce gros mot honni), chargé de masquer des dérives nettement moins avouables, comme la prostitution bancaire (baptisée « crise ») ou la confiscation du pouvoir et le rétablissement des privilèges, ce qu'on pourrait appeler, pour faire moderne, le communautarisme dirigeant1. Donc l'immigration a vécu, il a fallu parler d’intégration mais le mot a eu le malheur de fricoter avec « assimilation » (où se lit la négation de la différence), si bien qu'il a très vite fallu forger un nouveau détergent : c'est ainsi qu'en 2007 « diversité » fut promu (pour étiqueter certains français, mais pas d'autres...)

    La « diversité » semble entériner la composition hétéroclite des sociétés. Comme « multiculturel », le terme est neutre, relevant de la description objective, il a la force inattaquable du constat (« métissage » a vite été abandonné, trop ethnique). En général, la diversité est reconnue, souvent accueillie, parfois même ardemment convoquée jusqu'à devenir une valeur (« au nom de la Diversité »). S'il est connoté, c'est tout à fait positivement : il suggère la tolérance, le « respect des différences »; il est parfaitement conforme aux présupposés démocratiques et à la défense obligée des Droits de l'homme. Avec lui donc, plus de polémique possible... Mais...

    Mais d'où vient qu'il faille rappeler que les individus sont divers et variés, et que notre société (comme toutes les autres) est naturellement et historiquement formée de différences de tous ordres ? D'où vient que l'on brandisse si souvent la « diversité »? et que certains soient plus divers que d'autres ? Mais surtout, où est donc passée l'« égalité » de droit ?

    C'est que, dans la langue d'État, l'emploi de ce terme est profondément pernicieux : au cœur du discours, non seulement il entretient la stigmatisation (en rappelant sans cesse la question raciale), mais il fonctionne comme une sorte de dénégation ; en effet on le voit d'autant plus convoqué que se multiplient les mesures d'exclusion et que s'affiche un racisme rampant. Au mieux il fonctionne comme pieuse profession de foi, censée racheter le viol répété, et admis, du principe d'égalité. Au pire c'est une concession ou une précaution oratoire (« je sais bien la diversité de nos sociétés... mais... »), garantissant l'impunité au moment même où l'on prône la discrimination.

    Par un tour de passe-passe typique de la langue de la Vè République (la LQR2), « diversité » est ainsi devenu le cache-sexe de la tentation nationaliste. Qu'on le veuille ou non, c'est un véhicule idéologique, et il est d'autant plus pervers qu'il séduit tout le monde et se voit repris en chœur. Pendant que nous chantons les joies de la diversité, le racisme ordinaire bat son plein.

    Hélène Genet

     

    (photo : publicité Benetton, d'Oliviero Toscani)

     

     

    1- « communautarisme » est aussi un joyeux euphémisme, qui veut dire « racisme larvé », mais qui s'applique usuellement aux Arabes et autres foyers terroristes. Le communautarisme est l'écueil du multiculturalisme, son vice caché, sa menace congénitale. 

     2- Eric Hazan, LQR, La propagande au quotidien, Ed. Raisons d'Agir, 2006.

     


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