• Cyclades

    (poésie corporelle)

     

    S'enroulent nos vies bouclées de mois en mois

    au fil des lunes et des marées sanglantes

    souterraines d'abord en jachères

    tranquilles rassemblant leurs forces

    doucement prolifèrent en secret

       

     

    Gauguin-Mahana2

     

    en tapisseries soyeuses et redressent

    nos bustes de glorieux décolletés

    à l'horizon des terres meubles

    irriguées en delta de corail ondoyant

    sybarites impériales au regard flambant

     

    et s'enroulent encore nos vies sanglantes

    au fil des marées moirées de lunes paisibles

     

    puis vient le temps des effondrements

    des heures charriant des pleurs inconnus

    toute la fatigue des jours vaincus

    l'inépuisable tribut qui nous oblige

    nous convoque à genoux périssables

    dans le silence de la vie évadée

    déracinés les arbres saignent écartelés

    pendant que les sols sans fin se dérobent

     

    au fil des vies aux morts superposées

    s'enroulent radieuses nos lunes vermeilles

     

    jusqu'au creux amoureusement formé

    fleuri de pivoines d'iris et d'orchidées

    concentré de forces telluriques

    qui s'ouvre avide à tous les possibles

    et appelle maintenant d'un cri rauque

    comme le temps passe impatient

    et les bouquets fatalement se fanent

    éparpillés sanglants au bout de nos soifs

     

    s'enroulent lunaires les marées corallines

    au fil de la vie toujours recommencée

    c'est ainsi que la mort en secret se promet

     

    hélène genet

     

    Illustration : Paul Gauguin, Mahana no atua (le jour de Dieu), 1894 - huile sur toile, Art Institue of Chicago


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