• Faites des mères

     

     

    Un bien beau jour, pour les fleuristes et le marché, pour nos chérubins précocement embrigadés : n'oubliez pas votre mère, votre dette inépuisable, marquez ce jour béni par Pétain, afin de libéralement vaquer le reste du temps, toute redevance acquittée.

    Les enfants marchent bien, au sentiment, trop heureux du rituel, immédiatement acquis à la cause, évidemment, comme c'est facile à cultiver, à ordonner, à conformer, l'école a bien raison de s'en charger, car telle est sa mission, d'éduquer massivement – elle apprend l'amour, qui n'est peut-être que d'être témoigné. Elle n'a rien de mieux à faire, sans doute... ou est-ce que sans elle, personne n'y songerait ?

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    Dans le vase clos des familles, les mères sont charmées, évidemment, du présent confectionné amoureusement selon l'instruction publique ; et puis les enfants grandissent, le pli heureux est pris, les voilà honorées une fois l'an, de ce qu'elles donnent sans compter, braves... et s'effacent tous les renoncements obligés, l'épuisement quotidien. Souriantes, attentives, reconnaissantes, les mères s'évadent en rêve. Cela suffit sans doute.

     

    Oh, la douce injonction des « fêtes », qui édictent ce qui nous fédère, peu de choses en fait, quelques réminiscences religieuses, la musique, le travail, plus pour longtemps, les amoureux ou les voisins. On en exhume quelques unes, pour les besoins de la cause à la mode. On en importe d'autres, successful. Tout est en ordre.

     

    Bienheureuse maternité que l'on vénère d'autant mieux qu'elle est menacée. Mais non. La maternité, on le sait, est chez nous l'affaire de la science médicale. On fête « les » mères, un agglomérat, une drôle d'espèce... en voie de disparition ?

     

    Oui, messieurs, enfants mâles et femelles, faites des mères, de peur que les femmes oublient ce qu'elles doivent à la perpétuation de la race ; faites des mères, qui sachent un peu ce que c'est qu'enfanter – et vous mesdames, faites des pères, après tout, c'est équitable, de peur que les hommes oublient leur responsabilité, faites des pères qui sachent un peu ce que c'est que transmettre.

     

    Sous le pastel rose des conventions nationales, je rêve une fête bacchique et polyglotte, célébrant le corps démonté, éclaté de la maternité, la rencontre de la mort, la générosité et la dévoration, une fête en l'honneur du temps volé-retrouvé, et du savoir souverain, immémorial, que confère la très noble et très difficile fonction de mère.

     

    hélène genet


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