• Notes sur L'Ethique de la psychanalyse (Séminaire VII, 1959-60)

    • La psyK a affaire avec l’éthique car elle déploie l’interrogation de l’homme quant à sa propre action ainsi que la possibilité d’un idéal de conduite (idéal de l’amour, idéal d’authenticité, idéal de non-dépendance) ; en outre elle a d’emblée affaire à l’univers morbide de la faute (dont elle a mis au jour l’attrait). 

    • « Le pas fait au niveau du principe de plaisir, par Freud, est de nous montrer qu’il n’y a pas de Souverain Bien, que le Souverain Bien qui est das Ding, qui est la mère, l’objet de l’inceste, est un bien interdit et qu’il n’y a pas d’autre bien. Tel est le fondement renversé chez Freud de la loi morale. »
     
    • Ce que dévoile la psyK : « Wo es war, soll ich werden » (ascèse freudienne), ce que Lacan amplifie : ne pas céder sur son désir (modèle d'Antigone).
       

    Notes sur L'Ethique de la psychanalyse (Séminaire VII, 1959-60)

    • Selon Freud, la faute est l'effet du Surmoi ; il la rapporte au meurtre du père de la horde primitive (Totem et tabou) ; trauma primordial à la suite de quoi est affirmée la fonction du père (celui dont on n'est jamais sûr) et du même coup la loi morale : opération de sublimation (du fait du consentement inaugural des fils et de l'amour) qui permet d’accéder à la civilisation. cf. révélation biblique (Moïse). Ce mythe révèle que la jouissance reste interdite et que seule la Loi permet, par transgression, d'y accéder (p.202-09) L’instance morale, figure obscène et féroce, est ainsi le surmoi : que valent ses impératifs ? La psyK montre en effet que la conscience morale est d'autant plus tyrannique qu'on la sert, mais elle indique d'autre part que la jouissance est un mal.

    • Ce qu’il faut retenir de L’Entwurf : tout l’appareil psychique est organisé par le principe de plaisir, cad. qu’il nous porte à travers les signifiants (l’appareil psychique ne conduit pas à satisfaire le besoin, mais à l’halluciner ; la satisfaction quant à elle est d’abord médiatisée par l’autre et par le langage. Le principe de plaisir fait mentir la perception et l’homme est avant tout porté à rechercher le retour d’un signe), qui sont des leurres, une structure de leurre. La censure procède elle aussi de l’énergie du désir. La vérité de la pensée humaine, c’est le désir, et la règle du Wunsch, c’est la répétition (des signes).

    • Le principe de plaisir entre en conflit avec le principe de réalité (processus secondaire) qui tente de rectifier la pente fondamentale de l’appareil psychique : chez l’homme, l’accès à la réalité est donc précaire et laborieux, la réalité ne se fait valoir que sur la marge. D’où les questions : comment la réalité se constitue-t-elle pour l’homme ? Quels sont les rapports du plaisir avec le bien dernier ? Comment dépasser le conflit qu’implique toute élaboration morale ?

      => selon Lacan, une telle articulation est proprement éthique, l’intuition freudienne est d’ordre éthique.

       

    • Das Ding désigne ce qui dans la réalité échappera toujours, même si elle forme la visée de la recherche de satisfaction, elle se dérobe absolument à toute représentation : tout le mouvement du procès adaptatif de la Vorstellung (Wort- et Sach-) tourne autour ; il ne s’agit pas de retrouver l’objet (toujours perdu) que de « se témoigner qu’il est encore présent dans la réalité », ce que l’on cherche ce sont « ses coordonnées de plaisir » dont les objets sont toujours des leurres. Das Ding est « l’autre absolu du sujet », il est en moi et en même temps radicalement étranger (ent-fremdet, extimité). Il ne peut s’agit que de l’indiquer.

    • La loi morale, la maxime universelle de Kant impersonnelle, est à la place de Das Ding car elle « se présente au niveau de l’expérience inconsciente comme ce qui fait déjà loi » (p.89) au sens où c’est ce dont on se défend. La loi de Das Ding, c’est qu’elle est interdite => la psyK montre qu’il n’y a pas de Souverain bien, en tout cas que cet objet est interdit (p.85).

    • C’est pourquoi Das Ding est aussi bien supposée par la loi fondamentale de interdiction de l’inceste, désir qui ne saurait être satisfait car il abolirait tout le monde de la demande ; c’est « la condition pour que subsiste la parole ». Les Dix Commandements étayent cette loi fondamentale et en ce sens ils constituent les lois de la parole. Le Surmoi s’étaye sur le principe de réalité et forme la conscience morale.

       

    • L’éthique et la science procèdent de la même ambition : cerner la Chose, la retrouver ou du moins s’y référer en tant qu’elle pèse. La réalité, dont le principe de plaisir nous isole, est ce qui revient toujours à la même place ; quoiqu’irrécupérable, le réel est visé en tant qu’il garantit la Chose.

      => l’éthique consiste à faire avec cette radicale altérité intime et à se connaître comme structuré par l’interdit. "La Chose est ce qui du réel primordial, pâtit du signifiant" (p.142 & 150)

    • La loi qui produit à la fois la faute et le désir (Saint Paul, p.101) ; ainsi, le commandement est ce qui fait « flamber » la Chose par quoi le désir devient désir de mort (je veux ce que je n’aurai jamais).

    • Dès lors, seul moyen de transgresser la Loi : « au-dessus de la morale, une érotique ». Exemple de l'amour courtois, paradigme de la sublimation qui érige l'objet d'amour en objet interdit, par quoi l'on voit que le signifiant organise un détour, voire la privation ; c'est une "ascèse de discipline du plaisir", organisation du plaisir de désirer, soit "en toute rigueur, le plaisir d'éprouver un déplaisir" : " ce que demande l'homme, ce qu'il ne peut faire que demander, c'est d'être privé de qqch de réel" (p.179)

    • La morale kantienne a ceci d’inédit qu’elle se désarrime de l’objet (raison pure) ; l’anti-morale de Sade soutient le même principe (de la maxime universelle) et l’élimination des sentiments.

    • La Chose est impossible à imaginer comme à représenter, elle est un vide indiqué par le plein du vase, cad. par le signifiant. Le façonnement du signifiant introduit une béance, un trou (p.145-50). L'art, la religion et la science sont des sublimations, des constructions qui indiquent en creux la Chose ; l'art par refoulement (verdrangung), la religion par évitement (verschiebung, tenir à distance, en respect, la Chose), la science par rejet (verwerfung, cf. discours de la paranoïa)

     

    A lire également, le commentaire de Marie-Christine Bruyère, "La jouissance impossible" (ACF)

     


  • Commentaires

    1
    Mercredi 30 Août à 23:53

    Bonjour,

    Ne trouvez-vous pas que l'éthique de Lacan est la définition même de la perversion ?



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