• Petite pédagogie du handicap à l’usage des gens "normaux"

     

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    Ce modeste papier est destiné à tous ceux qui ne savent pas trop quoi faire ni quoi dire devant le handicap. Non pas un mode d’emploi, ni une leçon de morale, mais une petite béquille pour les handicapés du handicap.

     

    Quand, dans la rue, on tombe sur un handicapé, fastoche, presque tout le monde sait faire : comme si de rien, on évite, on ne tombe pas.

    Mais il y en a qui s’arrêtent, perplexes, on les appelle des enfants : « Maman, pourquoi le monsieur il marche de travers ? ». Expérience de l’altérité, inquiétante étrangeté, questions frontales. Comment répondre ? Que dire à son enfant ? On hésite entre la répression (« Tais-toi donc ! ») et la leçon de vie un peu brouillonne (« IL est différent, mais en fait IL est comme nous »). L’enfant comprend que c’est compliqué cette affaire. Les questions se forment : pourquoi il est pas comme moi ? est-ce que ça pourrait m’arriver ? est-ce que c’est grave ? est-ce que ça peut guérir ? est-ce qu’il s’en rend compte ? Ces questions sont bonnes, comme toutes les questions. En elles se joue l’identité, qui n’est jamais figée. La réponse importe moins. On peut la laisser à l’enfant : tu crois qu’il est différent ? il a l’air d’avoir quelque chose en moins, mais peut-être a-t-il quelque chose en plus ? comment savoir ?

     

    Quand, à l’école, sur son lieu de travail, dans le bus, on doit tous les jours croiser un handicapé, c’est plus délicat. Les liens se resserrent, qu’on le veuille ou non, un début de familiarité s’instaure : que faire de cette proximité ? L’attitude des uns ou des autres sera dictée par l’éducation, je ne parle pas de la science des bonnes manières, mais de la distance prise par rapport à ses fantasmes. Il y a par exemple l’indifférence calculée, le sourire compassionnel, la surveillance discrète... il y a aussi la sympathie de l’habitude, le protectionnisme silencieux, et exceptionnellement, un peu de secrète admiration. Parce qu’au-delà du malaise, qui n’appartient qu’à vous, il est bon d’imaginer quelques secondes le quotidien de cet handicapé qui vous côtoie : les difficultés, certes, puisque le monde est inadapté, mais, dans les mêmes proportions, le courage, la ténacité, l’intuition et des compétences que vous n’avez pas, que vous n’aurez jamais.

     

     

    Pensez-y ! « Handicap » vient de l’anglais « main dans le chapeau » ; l’expression désignait un jeu de hasard qui consistait à estimer la valeur d’un objet dissimulé dans un chapeau ; ensuite le mot a désigné la tare imposée dans certains sports aux plus performants de façon à rétablir l’égalité des chances. Ce n’est que tardivement qu’il a été utilisé pour désigner l’infirmité, puis l’inadaptation sociale.

     

     

    Epilogue : Laissez tomber l’étiquette, car le handicap n’est pas toujours là où on croit le voir ni forcément là où on vous dit qu’il est. Il y a les handicapés de la gentillesse, les handicapés du bon sens, les handicapés de l’imagination, les handicapés de la compréhension, les handicapés du courage et les handicapés de l’effort, les handicapés de l’amour et les handicapés de la politesse, les handicapés des jeux vidéo, de la vitesse, de la rentabilité... Les estropiés de la vie et les simples d’esprit sont souvent bien plus rassurants quant à notre humanité que les prétendus "normaux".

     

    Hélène Genet

         

    > Ce papier a été distribué aux parents et aux enfants, à la sortie d'une école primaire


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