• Pro-logue à la poésie

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    Je soussignée hélène genet, poète avoué, conquête sur les malédictions oraculaires, arrière !          mais poète, poète, quelle arrogance ! - pourquoi pas libellule ou papillon ? – je soussignée hélène genet, libeillon parlant-écrivant, à peu près, en quête de dire, au plus près des douleurs croisées, dire ce qui se noue encore dans la chair imbibée de fantasmes (malgré les parlements médiatiques, les convenances policées) - je soussignée hélène genet, ouvrière des mots qui traînent (dans les caniveaux publicitaires et les égouts politiques)          je soussigné poète n'est pas un métier ni même une fonction sociale - quoique la poésie soit vitale, que chacun souverain se l'octroie - mais poète est le travail nécessaire d'une vie, une vocation dit-on - mais alors         par qui est appelé le poète ?

     

    Le poète est convoqué par et dans lalangue, qui le gouverne et l'aliène, dont il éprouve intimement la contrainte, l'immonde ! - et qu'il cherche à se réapproprier ; poète se soussigne de chercher les voies de son émancipation au cœur du matériau le plus répandu, le plus trivial, tout entier imbu de l'autre – et il s'agit, avec ça, de trouver une parole propre, une voix intime, audible pourtant, et dans une certaine mesure compréhensible, car on ne cesse d'adresser ce que l'on dit          nul ne parle qui ne cherche un sens, sauf le fou, qui en sait long peut-être – souvent d'ailleurs le poète s'est cru fou          ou l'inverse          et il s'agit de dire, travail d'orfèvre, patiente besogne, ce qui résiste à se formuler, ce qui se joue dans les marécages charnels, sensations envasées, obsessions insues, ce qui se voudrait oublier           comment en arrive-t-on là ?

     

    J'affirme avoir traversé lalangue, comme un miroir, et en avoir été crucifiée aussi, souvenir d'un effroi sans nom, quand les mots en cascade se décollent du sens, le langage comme une peau morte, une fragile dépouille de dentelle – j'ai éprouvé la sauvagerie d'une colonisation par les phrases désorbitées             la folie exactement            plus rien à quoi se tenir, plus de dire possible, épreuve de la terrifiante contingence des discours             et je suis revenue            au nom de quoi ?

     

    Alors je, par hasard ralliée à ce nom hélène genet, qu'il me faut recommander, c'est ainsi, fais ce que je dois, m'empare des mots et ordonne souverainement leur équilibre, pour laisser filer le sens, et tout ce qui s'est déjà dit - je témoigner des concentrations sensationnelles - je          déclare vouloir déplier les savoirs inscrits dans le corps et je           livre une poésie biblique malgré moi, dont on aurait voulu se défaire peut-être, c'est ainsi – au nom de la modernité positive, qui au lieu de l'épreuve, se gargarise d'expérimenter, voudrait dissoudre la réalité des souffrances inévitables , chants de douleur          mais qui parle au juste ?

     

    Hélène GENET

     

    Illustration : Alain BOUTHIER, Cri 03, 2004 (acrylique, photo, collage - 35x27 cm) 

     


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