• "Vivre quand le corps fout le camp !"

    Un titre en forme d'interpellation ou d'injonction : qui dit cela ? De quoi est-il question ?

     

             Soudain surgit le corps malade, vieilli, handicapé, soudain devant moi le corps entamé, difforme ou souffrant. C'est l'autre, heureusement. Mais un jour "ce que je redoute m'arrive", et me voilà à mon tour meurtri, diminué. Soudain le corps ne répond plus, il devient poids de souffrance ou d'impuissance.

     

             Ce que l'on croyait connaître, ce que l'on croyait maîtriser à force de science (biologique, chimique, génétique), à force de chirurgie, de diététique et de normes socio-culturelles, le corps, ce fétiche post-moderne, se révèle soudain d'une mystérieuse opacité, palpitant d'inquiétante étrangeté.

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            Et l'on se dit qu'il va falloir vivre "avec ça". D'un côté le corps, de l'autre l'âme ou la psyché, sentinelle immobile qui contemplerait inentamée la chair en déroute, tout comme l'on aperçoit au loin le pas ralenti du vieillard, les gesticulations du sourd, les grimaces de celui qui souffre. D'un côté ça "fout le camp", de l'autre le désir, ou le devoir, de "vivre". Quel serait ce "vivre" ? Quel rapport se dessine ici ? On comprend qu'il faudrait tenter d'avancer malgré l'infirmité, on croit pouvoir maintenir, autant que possible, les repères habituels. On est bientôt obligé d'avouer un leurre, un fantasme de bien portant.

           C'est cela que nous avons voulu interroger, cette représentation, cette curieuse et improbable dichotomie : on voit bien d'où elle vient, de Platon à la médecine positive qui a fait du corps son domaine de compétence réservé, en passant par la dualisme chrétien. Mais quels sont aujourd'hui les enjeux, comment s'entretient le conflit, dans quel but ? Quel est ce "vivre" que l'on se propose, ou que l'on impose, au corps abîmé, disloqué, non conforme ? Et surtout quelles conséquences pour tous ceux qui, chaque jour, doivent composer avec cette apparence défectueuse, avec cette réalité que nos sociétés folles de jeunisme et d'efficacité voudraient éradiquer ?

            On lira ici des regards croisés. L'ouvrage juxtapose la réflexion philosophique à la crudité du témoignage, la méditation libre à la poésie, le discours engagé à la mise en scène grinçante : après tout c'est ainsi que peu à peu s'élabore la pensée, dans un va-et-vient permanent entre expérience et analyse. Cette forme ouverte traduit aussi une ambition humaniste : il s'agit de ne pas s'enfermer dans les savoir disciplinaires qui travestissent le réel, il s'agit de tisser ensemble le discours de la raison et celui des émotions, pour tenter de restituer la complexité des enjeux existentiels.

     

    J'ai vu l'homme.

    Je n'ai pas vu l'homme comme la mouette, vague au ventre, qui file rapide sur la mer indéfinie.

    J'ai vu l'homme à la torche faible, ployé et qui cherchait.

    Henri Michaux, "Ecce homo", Epreuves, Exorcismes

     

     

    Ouvrage coordonné par Christian Gallopin, médecin, poète et philosophe

    Erès, Septembre 2011

     

    Extrait : "Petit dictionnaire médico-amoureux" (ou "Ce que vivre veut dire")

    Sommaire de l'ouvrage

     

     

     

     


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